Arnaud de Broca : “Le réseau de vigilance citoyenne sera un complément à la politique sanitaire”

Interview - C’est en focalisant son action sur la prévention au travail, et plus particulièrement celle des cancers environnementaux, que la Fédération nationale des accidentés de la vie (Fnath) fait sa rentrée. À l’occasion de sa cinquième semaine nationale – du 16 au 23 octobre dédiée à une meilleure reconnaissance des cancers d’origine environnementale, et en particulier en milieu professionnel - elle annoncera le lancement d’un « réseau de vigilance citoyenne ». La fonction de ce réseau sera, notamment, d’exercer une veille active vis-à-vis de l’application des lois et décrets de protection des travailleurs, comme l’explique à l’agence Focus, Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fnath. D’après les résultats de la dernière édition de l’enquête Sumer, menée sous l’égide du ministère du Travail, 2,4 millions de salariés étaient exposés à des produits cancérogènes, soit 13,5 % des salariés. Par ailleurs, Arnaud de Broca indique rester également vigilant quant à la mise en œuvre d’un autre dossier relatif aux conditions de travail : celui d’une reprise des négociations sur la pénibilité.

Quelles raisons vous poussent à vous mobiliser aussi fortement contre les cancers environnementaux ?

Arnaud de Broca : La santé au travail est une de nos grandes préoccupations. Les statistiques des cancers et maladies professionnels explosent ; c’est donc un sujet d’inquiétude, d’autant qu’il persiste une sous-déclaration, et puis si l’on dépasse le simple milieu professionnel, il y a une vraie problématique actuelle de lien entre les cancers et l’environnement. Cette année la Fnath va donc se mobiliser sur ce thème mais compte prolonger les actions de cette 5e semaine en informant le public sur ses droits, sur la reconnaissance en maladies professionnelles, sur le déchiffrage des étiquettes sur les produits, etc…

Constituer un réseau de vigilance n’est-il pas un désaveu de la politique sanitaire actuelle ?

A. de B. : Un désaveu, je ne le pense pas. En revanche, il sera un complément. La vraie difficulté actuelle est le contrôle de la mise en oeuvre des dispositions réglementaires, de savoir comment l’Etat, au-delà des textes adoptés, les faits réellement appliquer. Ce réseau, qui va se constituer petit à petit, va s’enrichir par des témoignages, des alertes émanant de particuliers et de salariés, ainsi que des échanges locaux, que nous comptons relayer au niveau national. Et puis, nous voulons mobiliser l’opinion pour en finir avec une inégalité d’espérance de vie qui fait qu’un ouvrier vive en moyenne 7 à 8 années de moins qu’un autre salarié. Les travailleurs ne sont pas égaux devant les cancers environnementaux.

Au-delà de ces questions, vous avez souhaité en juin dernier, à l’issue de votre 45e congrès, que « la pénibilité au travail devienne une priorité du Gouvernement ». Qu’en est-il à ce jour ?

A. de B. : Nous avons rencontré Xavier Darcos, la première semaine de septembre, et nous ne pouvons ni dire que ce dossier va passer à la trappe, ni qu’il a avancé. Ce que nous a dit le ministre - et je pense que c’est vrai - est qu’il est pleinement motivé sur ce sujet. Le gouvernement possède déjà un certain nombre d’éléments, recueillis à l’issue des premières négociations qui ont échoué en juin 2008, et qui permettent d’avancer. La balle est bien dans le camp politique. Et pour nous, c’est un préalable à la négociation sur les retraites. Un des soucis est que la période actuelle ne nous annonce pas une grande réforme avec beaucoup de finances à la clef. Néanmoins, je vois mal comment le sujet des retraites pourrait être engagé à l’horizon 2010, sans passer par la case pénibilité. Toute la question est de savoir comment on y passera.

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